Des trésors à protéger

Grâce à la variété de ses influences climatique (atlantique, continentale et méditerranéenne) et de ses formations géologiques, la Bourgogne offre une diversité de milieux tout à fait exceptionnelle. Ce sont ces trésors naturels que le Conservatoire s'efforce de protéger.

Les pelouses calcaires

Situées sur des coteaux largement ensoleillés, les pelouses sèches ont une place privilégiée dans la mémoire collective des habitants.

Une richesse floristique et faunistique

Un sol calcaire et une bonne exposition au sud sont nécessaires au développement des pelouses sèches. Dominées par des graminées, parsemées de buissons de genévriers, d’épines noires et de buis, ces pelouses abritent une flore et une faune méridionales.

L’abandon des pelouses

Ces pelouses sont largement présentes sur les côtes dijonnaises, chalonnaises et mâconnaises, ainsi que sur les vallées de l’Yonne et de la Cure. Au XIXe et début du XXe siècle, elles étaient vouées au pâturage du bétail, à la chasse et à la cueillette des champignons et des petits fruits. Au cours du XXe siècle, avec le recul de ces pratiques, les pelouses calcaires ont été progressivement délaissées.

Des tondeuses écologiques

L’abandon du pâturage entraîne une recolonisation naturelle par les buissons, puis par la forêt. Pour conserver ces milieux, le Conservatoire met en place des modes de gestion traditionnel :

• depuis 1994 un berger partenaire mène un troupeau itinérant de 500 moutons sur les pelouses de la côte dijonnaise

• en 2014 le Conservatoire a mis en place son propre troupeau de vaches rustiques afin d’entretenir plusieurs sites de pelouses.

Pelouse calcaire du Mont Avril à Jambles et Moroges (71) O. Girard - CENB
Pelouse calcaire du Mont Avril à Jambles et Moroges (71)
O. Girard - CENB

Les prairies inondables

Les prairies inondables, qui s'étendent dans les vallées de nos grands cours d'eau bourguignons, symbolisent la richesse et la fragilité d’un milieu qui, de tout temps, a fasciné les hommes.

Des prairies bien représentées en Bourgogne

Parties intégrantes des cours d’eau qu’elles bordent, ces prairies vivent au rythme des crues hivernales et printanières dont elles contribuent à diminuer l’ampleur. A la fois éponges et réservoirs, elles retiennent et filtrent les inondations, préservant ainsi la qualité des captages d’eau potable. En Bourgogne, les principales prairies inondables se rencontrent dans les vallées de la Saône, du Doubs, de l'Yonne et de la Loire.

Des milieux naturellement fertiles

Des générations d'agriculteurs ont su profiter de la fertilité naturelle de ces milieux due aux limons déposéspar les inondations régulières. Plus encore que les pâtures, les prairies de fauche, à l’exemple du val de Saône réputé pour ses foins de bonne qualité, ont conservé leurs attraits pour de nombreuses espèces animales et végétales adaptées à ces conditions écologiques particulières.

Gérer ces prairies pour préserver des espaces rares

Depuis une vingtaine d’années, de nombreuses cultures (maïs, peupleraies) se sont développées au détriment des prairies initiales et des espèces présentes. Le Conservatoire des espaces naturels de Bourgogne s'est porté acquéreur d'un ensemble de prairies inondables à Ouroux-sur-Saône, en Saône-et-Loire. Ce site est géré en collaboration avec des agriculteurs en faveur d’un oiseau très rare, le Râle des genêts.

Prairie inondable à Ouroux-sur-Saône (71) S. Gomez - CENB
Prairie inondable à Ouroux-sur-Saône (71)
S. Gomez - CENB

Les tourbières et marais

La Bourgogne présente des milieux humides riches et variés. Parmi ceux-ci, se distinguent deux types très originaux : les tourbières, dans les régions siliceuses comme le Morvan, et les marais tufeux, dans les régions calcaires du Châtillonnais.

Les tourbières

Dans une cuvette froide où l'eau stagnante devient très acide, les végétaux ne peuvent se décomposer. Des mousses, les sphaignes, se développent dans ces conditions extrêmes. Au fil des années, elles s'accumulent pour former la tourbe. Comme la plupart des zones humides, les tourbières régulent et épurent les eaux qui les traversent.

Le marais tufeux de pente

Le Châtillonnais est un vaste plateau calcaire composé d’une alternance de couches de marnes imperméables et de calcaires très solubles. Les eaux de pluie, en s’infiltrant dans le sous-sol, se chargentde calcaire avant d’être stoppées par les argiles imperméables. En réapparaissant à l’air libre, ces eaux se rechargent en oxygène et déposent le calcaire dissout sous forme de tuf, une roche friable et poreuse. Ce phénomène donne naissance aux marais tufeux de pente, très rares dans la plaine française.

Un entretien naturel

Pendant des années, les hommes ont cherché à contrôler ces milieux en les asséchant pour l'agriculture ou la sylviculture. Devant ces destructions, des programmes de protection ont été mis en place. Le Conservatoire gère certains des marais du Châtillonnais par le pâturage de chevaux primitifs polonais : les Konik Polski.

Bas marais à Molinot (21) F. Jeandenand - CENB
Bas marais à Molinot (21)
F. Jeandenand - CENB

Les fleuves et rivières

Dans les vallées alluviales, les divagations répétées et les crues parfois spectaculaires des fleuves et des rivières ont donné naissance à une mosaïque de milieux : bras morts, forêts alluviales, grèves sableuses...

La ligne de partage des eaux

La Bourgogne est irriguée par un réseau dense de fleuves et de rivières qui constituent un ensemble de milieux naturels riches. Entre le Morvan, l’Auxois et la Haute-Côte se localise « la ligne de partage des eaux » de trois grands bassins versants : le bassin de la Loire s’évacue vers l'océan Atlantique, celui de la Saône vers la mer Méditerranée et celui de la Seine vers la Manche.

Des dangers multiples

De nombreuses espèces végétales et animales présentes dans ces milieux sont classées « d'intérêt européen » du fait de leur rareté et de leur vulnérabilité. Certaines d'entres elles sont menacées par les divers aménagements qui modifient le fonctionnement naturel du cours d’eau, par les pollutions agricoles, domestiques, industrielles ou encore par les sécheresses occasionnelles.

Redonner aux fleuves un espace de liberté

Le programme européen Loire Nature, conduit par le Conservatoire et le WWF, a permis de restaurer, d’entretenir et d'acquérir des espaces sensibles en val de Loire. Ces actions ont notamment contribué au retour du Castor, commun il y a plusieurs siècles et qui avait depuis disparu. Aujourd’hui, il peut être aperçu sur la réserve naturelle du val de Loire, dans la Nièvre.

Bords de Loire (58) F. Jeandenand - CENB
Bords de Loire (58)
F. Jeandenand - CENB

Les mares

Qu'est-ce qu'une mare ?

Il s’agit d’une étendue d’eau de petite surface et de faible profondeur alimentée par les eaux de pluie, de ruissellement ou par les nappes phréatiques. Elle peut être permanente, c’est-à-dire tout le temps en eau, ou temporaire si elle s’assèche périodiquement. Le sol et la végétation des mares sont particuliers et témoignent de la présence d’eau au moins une partie de l’année. Parfois d’origine naturelle, elles sont le plus souvent créées par l’Homme. Mares forestières, mares prairiales ou de villages, elles sont présentes sur de nombreux territoires de notre région.

Des zones humides à préserver

Bien que discrètes, les mares sont des milieux naturels originaux, riches et très intéressants qu’il est nécessaire de protéger. En effet, les zones humides, dont les mares, ne représentent que 4% du territoire national! Ce sont des milieux rares et menacés. Souvent jugées inutiles, les mares sont comblées, abandonnées, polluées… 50 à 70% d’entre elles ont disparu en France depuis les années 1950.

Une mare constitue déjà en elle-même un milieu précieux mais pour que les mares accueillent un maximum d’espèces végétales et animales, il est préférable qu’elles s’organisent «en réseau» ou «en semis» et qu’elles soient diversifiées (mares d’âges différents, mares en milieu forestier ou en milieu prairial, gestions et usages variés…). Plus le nombre de mares sur un secteur est important et plus elles sont de nature variée, plus la biodiversité augmentera. On peut parler de semis régional de mares, mais aussi de semis de mares à l'échelle communale ou à l'échelle d'une petite région agricole.

Mare Baudin C. Diaz - CENB
Mare Baudin
C. Diaz - CENB

Les étangs

Les étangs sont des plans d’eau peu profonds dont on peut contrôler le niveau d’eau. Leur apparence calme et sereine cache en réalité une vie très animée.

Créés pour les besoins de l'homme

La plupart des étangs de Bourgogne ont été créés par l’homme, et notamment par les moines cisterciens, entre le XIIe et le XVIIIe siècle. Ils avaient pour fonction l’alimentation des canaux, la pisciculture, voire la culture après vidange. Ils sont principalement situés en Bresse et en Puisaye.

Un paysage unique

Le paysage végétal de l’étang se caractérise par la présence de ceintures de végétation. De la terre ferme jusqu’à l’eau libre, on observe différents anneaux dominés par un type de plantes. Ce sont d’abord les arbres, saules et aulnes, puis les hautes herbes (carex, roseaux ou scirpes) et enfin les plantes à fleurs (potamots, nénuphars). Les modes de gestion du plan d’eau, vidange estivale ou hivernale, conditionnent une grande diversité de milieux. Ces vidanges, liées aux pratiques traditionnelles d’exploitation, doivent être maintenues.

Un paradis faunistique

La présence d’eau et l’ensoleillement conduisent à une très forte production d’algues et d’herbiers. Ce phénomène, allié à la succession des différents milieux, permet la coexistence de nombreux animaux : oiseaux, batraciens, poissons, insectes.

L'étang Fouget à la Réserve Naturelle Nationale de La Truchère Ratenelle S. Petit - CENB
L'étang Fouget à la Réserve Naturelle Nationale de La Truchère Ratenelle
S. Petit - CENB

Les forêts

Depuis toujours l'homme entretient d'étroites relations avec ce milieu ; ainsi la forêt est devenue, au fil du temps, le reflet de nos sociétés et de nos besoins.

Une évolution permanente

La sylve originelle se caractérisait par ses clairières et ses vieux arbres, essentiellement des feuillus : chênes, hêtres, charmes, etc. L'homme a depuis sans cesse modifié sa structure et sa composition. Au XIXe siècle, il a introduit des essences résineuses, jugées plus rentables, comme l'épicéa. Au début de l'ère industrielle, la forêt était également utilisée pour le pacage du bétail etpour la production de charbon de bois. Aujourd’hui, en marge de la production traditionnelle de bois, se développent des activités de loisirs.

Des forêts nombreuses et variées

Le climat, le sol, la disponibilité en eau, le relief, l'exposition, déterminent la composition naturelle des forêts. EnBourgogne, elles offrent aux promeneurs et aux forestiers de nombreux visages : chênaie-hêtraie dans le Morvan, chênaie-charmaie dans le Châtillonnais, frênaie-ormaie en bord de Saône, etc.

Une originalité bourguignonne

A côté d'un fonds d'espèces communes à tous les types de boisement (sanglier, cerf, chevreuil), se rencontrent en Bourgogne des espèces rares, remarquables et typiques de la région, comme le Chat forestier ou la Chouette de Tengmalm.
La flore aussi a ses joyaux, tel le Sabot de Vénus. Cette orchidée très rare fait l'objet de mesures de protection engagées par le Conservatoire et l'Office national des forêts

Les sources de la Groeme C. Diaz - CENB
Les sources de la Groeme
C. Diaz - CENB

Le bocage

Constitués d'éléments naturels modelés par l'homme, les bocages bourguignons témoignent de la diversité régionale. Héritages du passé, ces paysages sont des symboles de l'espace rural bourguignon.

Une évolution au fil de l’histoire

Les bocages nous viennent tout droit du Moyen-Âge. Ils ont été créés par nos ancêtres paysans pour le parcage du bétail, la production de bois de chauffage, d’outils, etc. Au XVIIIe siècle, les bocages remplissent de nouvelles fonctions comme la matérialisation de la propriété privée et la fourniture d’un abri pour le bétail. Les nouvelles politiques agricoles et forestières des années 1950 et le remembrement ont bouleversé les pratiques d'entretien et ont provoqué parfois la régression de ce paysage et de sa richesse naturelle.

Un patrimoine historique et naturel à conserver

L'apparition récente de nouveaux enjeux (lutte contre l’érosion, environnement, tourisme), le retour des fonctions traditionnelles et l'utilisation de nouveaux outils de taille, peuvent assurer l'avenir des bouchures et la qualité de ce paysage. Des actions expérimentales pour replanter, conserver et traiter les haies sont menées dans le Charolais, en Saône-et-Loire, par le Conservatoire et des agriculteurs locaux.

Des bocages multiples

Les essences constitutives des haies sont choisies par l'agriculteur en tenant compte des conditions écologiques locales. Il existe différents types de bocage, comme le Charolais et l'Autunois, qui se distinguent par leurs bouchures de chênes, de frênes et de saules, plessées selon une technique de tressage très proche de la vannerie. La morphologie de la haie (buissonnante ou arborescente) et le type d'entretien conditionnent les plantes, insectes, oiseaux et mammifères que l'on y trouve.

Bocage en Puisaye (89) C. Foutel - CENB
Bocage en Puisaye (89)
C. Foutel - CENB